Retour dans les écoles : regarder au-delà des bâtiments
En février, les photographies des écoles d’Ankazomagnitsé et de Bélitsake montraient une réalité difficile à ignorer : des toitures encore largement endommagées par les cyclones de 2025 et des conditions d’apprentissage devenues plus compliquées.
En mars, retourner sur place permet de regarder au-delà de ces bâtiments fragilisés.
Car une école ne se résume jamais à son toit.
Il y a les enfants qui arrivent le matin. Les enseignants qui préparent leurs cours. Les repas que l’on cuisine. Les familles qui s’organisent. Les espaces que l’on adapte lorsque les salles ne suffisent plus.
Et il y a tout ce que les photographies d’un bâtiment endommagé ne racontent pas.
Revenir sur le terrain
À l’occasion d’un déplacement à Madagascar, un membre de l’Association Métis Malagasy a pu retourner dans les deux écoles accompagnées par l’association.
Ankazomagnitsé et Bélitsake ne sont séparées que de quelques centaines de mètres.
Les situations ne sont pourtant pas exactement les mêmes.
À Ankazomagnitsé, les dégâts subis par la toiture restent particulièrement visibles. Une partie des espaces scolaires ne peut toujours pas retrouver son fonctionnement habituel.
À Bélitsake, les salles ont davantage résisté et des réparations provisoires ont permis de continuer à les utiliser.
Dans les deux établissements, pourtant, une même réalité s’impose : la vie scolaire continue.
Derrière les toitures, des classes qui vivent
Les images de la visite montrent naturellement les parties endommagées.
Mais elles montrent également des tableaux couverts d’exercices, des élèves réunis dans les classes et des enseignants qui poursuivent leur travail.
Ce contraste est important.
Il ne s’agit pas de minimiser les difficultés. Les écoles ont besoin de réparations durables et de meilleures conditions de protection face aux intempéries.
Mais montrer uniquement les dégâts donnerait une image incomplète de ce qui se passe réellement sur place.
Une école endommagée reste aussi une école pleine d’enfants.
Et derrière la question des infrastructures se trouve toujours la même priorité : permettre à ces enfants de continuer à apprendre.
À l’heure du repas, un autre visage de l’école
La visite permet aussi de retrouver les cantines.
Elles sont fonctionnelles dans les deux établissements.
Ici, pas de cérémonie particulière.
Des marmites chauffent. Des bassines sont préparées. Des femmes organisent les repas dans des installations simples.
Ces scènes ordinaires racontent pourtant une partie essentielle de la vie de l’école.
Une cantine n’est pas seulement un bâtiment dont on peut mesurer la toiture ou compter les murs.
Elle existe parce que des personnes y préparent quotidiennement les repas.
Elle participe à la journée scolaire et fait partie de l’environnement dans lequel les enfants apprennent.
C’est aussi pourquoi maintenir ces espaces fonctionnels et améliorer progressivement leurs conditions d’utilisation fait partie des préoccupations de l’association.
L’eau, toujours présente derrière les besoins
À Ankazomagnitsé, une autre question apparaît rapidement lorsque l’on observe le fonctionnement de l’école : celle de l’eau.
Depuis plusieurs années, différentes solutions ont été recherchées afin de pouvoir mieux conserver l’eau disponible.
Les anciennes cuves plastiques ont progressivement laissé place à un ouvrage en béton destiné au stockage.
Mais avoir un réservoir ne résout qu’une partie de la question.
Il faut également pouvoir recueillir suffisamment d’eau lorsqu’il pleut.
Et lorsque la toiture de l’école est en partie détruite, un lien apparaît très concrètement entre deux sujets que l’on pourrait croire distincts : réparer l’école et améliorer la récupération de l’eau.
Nous reviendrons prochainement sur cette question.
Car dans l’Androy, comprendre un projet suppose souvent de regarder comment plusieurs besoins s’entrecroisent.
Voir ce qui fonctionne, comprendre ce qui manque
Une visite sur le terrain ne sert pas uniquement à constater les problèmes.
Elle permet aussi de regarder ce qui existe déjà.
Une classe qui fonctionne malgré ses contraintes.
Une cantine où les repas sont toujours préparés.
Un système de stockage d’eau déjà présent.
Une communauté qui adapte ses espaces lorsqu’elle en a besoin.
Partir de cette réalité est essentiel.
La bonne question n’est donc pas toujours : « Que pouvons-nous construire de nouveau ? »
Elle peut être :
« Qu’est-ce qui existe déjà, qu’est-ce qui fonctionne et qu’est-ce qu’il faut renforcer en priorité ? »
Cette différence peut sembler simple.
Elle change pourtant profondément la manière d’imaginer un projet.
Une reconnaissance importante pour le travail engagé
Ce mois de mars apporte également une nouvelle importante pour l’association.
Après plusieurs mois de préparation avec notre partenaire Nofy i Androy, le projet présenté dans le cadre du programme TADY a été retenu et bénéficie du soutien financier de TADY.
Pour Métis Malagasy, il s’agit du projet institutionnel le plus important obtenu jusqu’à présent.
Nous en sommes naturellement fiers.
Mais cette étape représente surtout le résultat d’un travail considérable, largement invisible : études, échanges, rédaction du dossier, budgets, réunions, documents administratifs et nombreuses heures consacrées bénévolement à transformer les besoins observés sur le terrain en un projet structuré.
Nous remercions toutes celles et ceux qui ont contribué à franchir cette étape.
Un financement reste toutefois un moyen.
Le terrain reste notre point de départ.
Regarder avant d’agir
Mars nous aura finalement rappelé quelque chose d’assez simple.
Pour décider où agir, il faut d’abord regarder.
Regarder les bâtiments, bien sûr.
Mais aussi les personnes qui les utilisent.
Voir une toiture manquante.
Puis voir les enfants dessous.
Voir une cantine.
Puis regarder celles et ceux qui y préparent les repas.
Voir une citerne.
Puis se demander comment l’eau y arrivera.
C’est à partir de cette observation que les prochaines étapes doivent se construire.
En avril, nous reviendrons précisément sur ce lien entre l’école, sa toiture et une ressource essentielle dans l’Androy : l’eau.